La mort
(Max Jacob)
Il te faut dire adieu à la terre au terrestre
Tu ne sauras pas la suite des aventures de la France
Car les journaux ne parviennent pas au purgatoire
Adieu douce terre
Adieu aurores et crépuscules
Adieux paysages de ta Bretagne natale
Adieu Paris
Adieu les beaux voyages et les repas bavards
Ainsi penserai-je sur ce lit d’agonie et de mort
Cependant le froid montera le long de mes pauvres jambes
Le cœur ralentira ses chocs et je cesserai de respirer
Alors mon âme s’envolera vers vous mon Dieu
Quant à mon corps
Il commencera son œuvre d’ordure
Il puera et on n’aura qu’une hâte
Celle de l’emporter au cimetière
Ce corps nourri soigné parfumé
Auquel on ne refusa aucune sensation
Ce corps s’en ira sous le fumier
Avec le fumier
Et sera oublié ainsi que mon passage sur la terre
Entre l’année 1876 et les années 1940
La mort
[Poème entendu vers la 35e minute de l’épisode de Poésie ininterrompue diffusé à l’occasion du centenaire de la naissance de Max Jacob sur France Culture le 3 juillet 1976, rediffusé le 21 avril 2022. Pas réussi à trouver de source écrite.]